mardi 15 novembre 2016

Récapitulatif photos sur 4 ans de mon opération du torse.



Bon bah voilà, j'ai fouillé mon ordi pour retrouver mes photos et les poster sur le nouveau forum, du coup j'en profite pour les poster ici aussi. Je trouve que ça a beaucoup évolué sur la dernière année au niveau du blanchissement des cicatrices.




mercredi 28 septembre 2016

Comment je suis devenu problématique

[Edit: ne vous fatiguez pas à laisser un commentaire pour dire "c'est terriiiiible, tu mets tou-te-s les NB dans la même panier, je ne le validerai pas. Et si vous laissez un commentaire pour m'expliquer comment je suis trop méchant, ayez l'amabilité de le mettre sous le bon article et pas sous mon témoignage d'agressions sexuelles, merci bien.]

C'est un article avec plein de trucs en vrac qui m'énervent, et encore j'ai essayé de ranger un peu, mais vraiment à me gonfle, alors pouet. Comme son contenu pourrait heurter la sensibilité d'autrui, je me permet d'emprunter le « TW : questionnement politique » que j'ai trouvé très approprié.

  • Visiblement maintenant FtM et MtF ce sont des termes transphobes, par contre, afab et amab, termes qui ne parlent que du genre d'assignation soit dit en passant, non. C'est magique.

  • Dire à des gens qui débarquent, se réapproprient les luttes trans en traitant les trans qui ont lutté pendant des dizaines d'année de sales binaires transphobes, d'aller se renseigner sur les luttes trans au lieu de dire n'importe quoi, c'est agiste.
  • Des personnes qui collaborent avec l'Inter-LGBT en piétinant le travail des associations trans viennent faire la leçon à des trans qui militent depuis des années, en les traitant de transphobes, alors qu'elles ont donné des bons points au PS pour leur projet de loi merdique. TOUT VA BIEN.

Dire « une personne assignée femme qui a une expression de genre féminine, qui utilise un prénom et des pronoms féminins et qui n'a aucune intention de transitionner, si elle se sent demi-girl, elle est trans », désolé (ou pas) mais ça n'a pas de sens. C'est exactement le « on est tou-te-s un peu trans » d'il y a quelques années, et c'est toujours aussi pourave. Vous n'avez visiblement aucune idée de ce que « transphobie » peut bien vouloir dire. Je pense que l'auto-définition a ses limites et que là ça va, on les a largement atteintes et dépassées. Soit cette personne n'a aucune intention de transitionner (et par transitionner je parle de transitionner socialement, pas de prendre des hormones ou de se faire opérer, je vous vois arriver pour me traiter de truscum), elle est cis. Soit elle est en questionnement (et je ne sais pas vous, mais quand j'étais en questionnement je n'allais pas expliquer la transphobie à des personnes qui la vivaient depuis des années). Au passage j'ai l'impression que maintenant, « en questionnement » c'est passé à la trappe et que certain-e-s poussent plutôt les gens à se créer leurs propres identités dans laquelle illes seront seul-e-s, ensuite on leur envoie des câlins non-oppressifs et puis voilà, démerde-toi avec ça.

Non en fait, dire que ton genre est « jaune », « blaireau » ou « froid » (véridique) ne veut pas dire que tu es trans. Déjà, le genre s'ancre dans le social. On vit dans une société binaire qui reconnaît le masculin et le féminin. À partir de là, on ne peut pas utiliser un mot qui veut dire quelque chose de précis, et qui est surtout un outil pour décrire des oppressions précises (le sexisme et la transphobie par exemple) pour en faire n'importe quoi. Une métaphore pour décrire ce que t'évoque ton genre ne s'ancre pas dans le social, personne ne va te refuser un job, t'agresser, te violer, tu ne vas pas être précaire parce que ton genre t'évoque une métaphore.

Expliquer que les trans non-binaires vivent des oppressions spécifiques par rapport aux trans « binaires » (hahaha) sans jamais être capable de donner un seul exemple d'oppression spécifique qui ne soit pas simplement de la transphobie, ça prouve ce que ça prouve hein.

Y'a aussi les non-binaires en mode « mon genre est plutôt masculin mais je ne suis pas un stéréotype de masculinité, alors je suis non-binaire », hé coucou, c'est le cas de la plupart des gens en fait ! Pour reprendre l'exemple du dessus d'une personne assignée femme qui se sent demi-girl, ça veut dire quoi ? T'as été assignée fille, mais en fait ton genre est 50 % féminin et le reste est « neutre » ? Mais enfin personne ne colle à 100 % aux stéréotypes de genre, pourquoi est-ce qu'il y aurait besoin de faire de ce constat une identité ? Je vois au moins 3 gros problèmes à ça :
  • ça laisse penser que, comme soudain c'est nécessaire d'en faire une identité, c'est en fait minoritaire de ne pas coller complètement à son genre assigné, ce qui est faux et contribue à renforcer les stéréotypes de genre.
  • des féministes ont depuis bien longtemps rendu ça visible, mais oui très bien, faisons comme si on venait de le découvrir sur tumblr. C'est une posture politique et pas une identité de mettre en avant le fait que le genre est un construit social.
  • vous squattez les luttes des personnes trans et vous vous permettez de venir dire que passer par un tribunal qui va nous demander d'être stérile pour changer d'état civil, au fond c'est un privilège de trans binaire.

En passant j'aimerais aussi rappeler que ça fait des années qu'on rabâche que chaque transition est unique, et que « trans » est un mot inclusif qui recouvre plein de manières de se vivre. Et en fait l'intérêt d'avoir un mot commun qui recouvre toutes ces façons de transitionner, c'est de trouver des choses qu'on vit en commun et de trouver ensemble des manières de lutter contre la transphobie. Du coup ces histoires de micro-identités qui se créent presque chaque jour, politiquement ça me dépasse. Ça fait longtemps qu'on sait qu'on est tou-te-s différent-e-s, bon c'est très bien, et qu'est-ce qu'on fait ensuite collectivement ?

Et alors ces gens qui se veulent trop « safe » et « déconstruits » et qui virent des personnes trans précarisées et isolées d'espaces trans dont elles ont vraiment besoin parce qu'elles sont « xenogenrephobes » (sous prétexte, au hasard, qu'elles ont demandé ce qu'une personne dont le genre est hibou et qui n'a aucune intention de transitionner -voir plus haut ce que j'entends par transitionner- vient chercher dans un groupe trans), en invitant plus ou moins subtilement à les harceler, vous foutez juste la gerbe, sortez de votre petit monde merdique de licornes et de paillettes et rendez-vous compte de la merde que vous créez et de comment vous n'êtes pas « safe ». Et puis allons-y, traitons des meufs trans féministes de TERF alors qu'elles sont déjà harcelées par des TERF, c'est cool, y'a pas de soucis. Sérieux les gens, collez vous un « TW » sur la tronche, vous êtes problématiques (lol).

Tant que je suis là à râler, j'ai envie aussi de parler de ces mots qui me filent des boutons : « safe » et « déconstruit » parmi tant d'autres. Ces mots que je vois tout le temps et qui ne veulent plus rien dire.

Safe


« Salut, je cherche un médecin safe », « cette personne n'est pas safe ». MAIS QU'EST CE QUE CA VEUT DIRE ??? Précisez ce que vous cherchez, enfin ! Est-ce que ça veut dire que tu cherches un médecin qui ne va pas te mégenrer ? Qui ne va pas te demander d'attestation psy ? Qui va mettre un « TW » avant de te poser une question foireuse ? J'ai vu je ne sais pas combien de personne dire « j'ai vu ce médecin, je l'ai trouvé safe », et ensuite quand la personne finit par développer ce qu'elle voulait dire par là, ça veut juste dire que la personne a évité de la genrer pendant la consultation, tout en posant 50 questions ultra intrusives et horribles mais sans avoir un ton agressif, et à côté de ça des gens arrivent en disant « ce médecin n'est pas safe » pour complètement d'autres raisons. Mais comme « safe » est un super mot qui permet d'inclure ou d'exclure quelqu'un de tout et n'importe quoi, comme « problématique », ben y'a pas besoin de développer, et on est bien avancé-e-s. (Au passage, ça m'énerve vraiment, parce que y'a des endroits où trouver des médecins, ne serait-ce que pour un renouvellement de prescription d'hormones qui ne te mette pas en danger en te prescrivant n'importe quoi, si ille a accepté de te voir, déjà, c'est franchement très compliqué. Alors le minimum de solidarité quand on utilise les liste de médecins qui existent, que des gens se sont fait chier à aller démarcher, et qu'on fait un retour dessus, c'est cool de pas juste résumer à « safe ou pas safe », et d'expliquer ce qu'on veut dire par là. Parce qu'on n'a pas forcément 50 choix de médecins, et que ça peut être très chouette pour les trans qui passent après de savoir si illes se sentent d'aller voir ces médecins et de pouvoir se préparer, de demander à quelqu'un de les accompagner, ou de décider de démarcher quelqu'un d'autre, etc. Et moi je vis dans un monde où à force je sais que je ne trouverai jamais un médecin qui sera à 100% parfait sur la transidentité, mais, comme beaucoup de gens, j'ai besoin d'aller voir des médecins parfois, ben j'essaie de mettre collectivement en place des stratégies pour que ça se passe le moins mal possible.)

Déconstruit


On se déconstruit dans le but de devenir safe. Comme safe veut tout et rien dire, et bien déconstruit aussi. Souvent on a l'impression que ça y'est, quand une personne est déconstruite, c'est fait pour de bon, c'est formidable, elle n'oppresse plus personne, elle est safe et n'est pas problématique. Jusqu'à ce que quelqu'un décrète que oula, cette personne a été problématique et/ou pas safe, alors paf, ça y est, elle est toute reconstruite et c'est la merde. J'ai présentement l'impression d'être un Shadock. Un jour j'ai vu une non-mixité qui se terminait par « et personnes déconstruites », j'ai trouvé ça vraiment formidable.
Moi je trouve qu'allié-e c'est bien plus pertinent comme terme, parce que, prenons l'exemple d'allié-e-s cis des luttes trans: 
  • on sait de quoi on parle (on parle des luttes trans)
  • on est allié-e de quelque chose, et pas «déconstuit-e» dans le vide sur tous les sujets 
  • on s'allie à quelque chose de précis (une lutte), à une place précise (d'allié-e), et on travaille à être un-e bon-ne allié-e, et pas à «déconstruire» on ne sait quoi autour de son propre nombril, alors qu'on est extérieur à cette lutte
  • on essaie de contribuer en tant qu'allié-e à une lutte, ce qui a pour but d'aider sur des points précis des personnes directement concernées par cette lutte, ce qui me semble être un but bien plus important que la «déconstruction» de sa petite personne.



Bref, voilà, je suis un vieux trans binaire je pense, de toute façon bon, je suis bi alors évidemment c'était sûr que j'étais binaire, et puis bon visiblement matérialiste c'est devenu une insulte aussi, alors ne réfléchissons par trop et balançons nous des seaux de paillettes non-oppressives à la tronche et tout ira bien.

vendredi 1 juillet 2016

Témoignage agressions sexuelles [Attention, témoignages et description d'agressions sexuelles, transphobie]


[Attention, témoignages et description d'agressions sexuelles, transphobie]


Je voulais écrire quelque chose là dessus. Alors ça a commencé par un récapitulatif, sous forme d'une liste, de témoignages d'agressions sexuelles que j'ai vécues entre mes 14 ans et aujourd'hui, 14 ans plus tard. J'aurais voulu en faire quelque chose de plus empowering comme on dit en anglais (et que je ne sais pas comment traduire en français, mais pour résumer vite, environ: un truc qui crée de la force, qui permet de prendre du pouvoir), en proposant des pistes pour pour se protéger et pour se remettre de ce genre de choses. Mais en fait pour le moment c'est pas encore possible, parce que je les cherches ces pistes. Je ré-écrirai plus tard, dans quelques mois j'espère, pour parler de ce que j'ai trouvé comme ressources pour me sortir de cet état désagréable dans lequel je suis en ce moment. J'avoue que j'espère qu'écrire et témoigner là dessus aura un effet positif sur moi.

Chronologie :

  • 14 ans (perçu comme fille) : Je suis en stage dans un magasin. Le petit-fils du patron traîne souvent par là et me tourne autour. Je suis en train d'accrocher des fringues et il en profite pour venir me peloter. Il m'embrasse dans la réserve. Quelques jours plus tard on a rendez-vous à la piscine. Quand on sort du bassin, il me suit dans ma cabine et ferme la porte derrière lui. Il se déshabille, essaie de m'enlever mon maillot de bain tout en se frottant contre moi et en me caressant l'entre-jambe et essaie de me faire toucher sa bite. Il veut me pénétrer, je dis non, il insiste, mes refus/son insistance durent longtemps. Il finit par laisser tomber et sortir de la cabine. Ensuite il me dit « désolé, j'ai abusé ». Ben oui. On ne se reverra pas ensuite, on se croisera juste dans un marché aux puces quelques mois plus tard, il fera comme si on ne se connaissait pas.
  • 16-18 ans (perçu -et je me vis- comme gouine, je suis perçu comme meuf en général mais pas tout le temps) : Je sors avec une fille qui me fout la pression pour que je me féminise, et se fout de ma gueule dans des contextes sexuels (de mon « manque d'expérience », du fait que je sois mal à l'aise, de mon corps, me reproche de ne pas avoir d'orgasme et de ne pas « arriver à lui en donner »), souvent en public. Elle me réveille souvent la nuit pour baiser (enfin plus précisément je me réveille souvent la nuit alors qu'elle est en train de me toucher). Parfois je dis que je n'ai pas envie d'avoir de rapport sexuel, mais ça se produit quand même. Quand je finis par réussir à la quitter, elle me harcèle pendant des mois, échafaude des plans pour « me récupérer » et monte des amies contre moi pour m'espionner. Je finis par réussir à couper complètement les ponts plus d'un an après la rupture. 10 ans plus tard, j'ai toujours peur de la croiser quand je passe dans la région, et j'ai parfois l'impression de la croiser dans la rue ou dans le bus alors que j'habite à l'autre bout de la fRance.
Entre mes 26 et 28 ans, soit ces deux dernières années (mec trans, perçu comme mec cis au premier abord, mais directement comme mec trans sur les sites de rencontre).
  • Je baise avec un mec cis rencontré sur internet. J'ai précisé que je ne pratiquais pas la sodomie. À un moment il essaie quand même. Je dis non, il arrête. Il me pénètre vaginalement depuis un moment, je commence à avoir mal, donc je lui dit « attends, arrête, j'ai mal », il répond « non attend, j'ai presque fini » et ne s'arrête pas.
  • Je suis chez un mec que j'ai rencontré sur internet. Quand il baisse mon boxer, il dit « ça fait longtemps que j'ai pas baisé avec une meuf ». Je ne réponds pas et commence à baliser. Il me coince contre un mur et commence à essayer de frotter sa bite contre mon génital sans capote. Je lui en tends une et lui dit de la mettre, il la prend et la pose par terre. Je la reprends et lui redemande de la mettre. D'un air exaspéré il dit « non, je la mettrai plus tard, arrête ». Je ne dis plus rien, j'ai envie de gerber et de partir mais je n'y arrive pas. Il la mettra effectivement plus tard, quand IL l'aura décidé. À la fin il me demande subtilement si je trouve quand même (= même si je suis trans) des gens qui veulent bien baiser avec moi. Pour la suite, voir là : http://imnotacisboy.blogspot.fr/2015/10/plans-cul-agressions-et-medecins.html (Je l'avais bloqué sur le site sur lequel il m'avait contacté. Quelques temps plus tard, il a créé un nouveau compte et m'a recontacté. Je lui ai foutu sous le nez ce qu'il avait dit et fait. Il n'en a rien eu à faire, ne s'est pas excusé et m'a proposé de re-baiser). 
  • Un mec cis que j'ai rencontré au sauna. Soudain, alors qu'on était en train de baiser, il me dit « ha mais tu baises avec des meufs, t'es gouine en fait d'habitude ». Je le pousse, lui dit qu'il est trop con et me casse. Je suis fier de moi d'avoir réussi à l'envoyer chier.
  • Un mec cis rencontré sur internet. Je reste 10 minutes chez lui en tout, il n'en a visiblement rien à foutre du fait que je prenne ou non mon pied, quand il a joui il faut que je me casse. Quand je rentre chez moi, j'ai un message de sa part sur l'application de rencontre : « t'es encore chaude ? ». Je l'engueule parce qu'il m'a parlé au féminin, il répond qu'il « parle de ma chatte », sans s'excuser. Quelques heures plus tard, il me recontacte encore en me parlant de nouveau au féminin , et me dit que dire qu'on est un mec et se servir de son vagin, c'est quand même chelou.
  • Un mec cis rencontré sur internet. Pendant qu'on baise, il utilise beaucoup (beaucoup) d'insultes au féminin, alors que j'avais dit que les insultes c'était ok, mais pas au féminin. Je ne me sens pas très bien mais je n'arrive pas à le dire. À la fin, il a dit "c'était ma première fois avec une trans". J'ai répondu : "Non, UN trans", et là il s'est marré, il a fait un sourire vraiment méga creepy et il a dit "ouais enfin avec une meuf tout court quoi". Là j'ai arrêté de répondre, parce que c'est devenu évident pour moi que c'était pas de la """maladresse""" mais qu'il le faisait exprès, et son sourire était vraiment super flippant. J'ai eu TRES peur et j'espérais juste qu'il allait se casser le plus vite possible et ne pas faire autre chose. Il s'est rhabillé et il a dit "j'espère que c'était quand même bien pour toi", et ce "quand même" est horrible aussi en fait.
Ça se conclue par le fait que cette dernière expérience abusive m'a complètement traumatisé, et que là je n'y arrive plus. S'ajoutent à ça les deux mecs cis avec qui j'ai déjà baisé qui me relancent malgré le fait que j'ai dit stop, que ce n'était pas du tout le moment. Y'en a un qui s'est permis de mal le prendre et de me faire une leçon sur le fait que je devrais baiser avec lui et qu'après ça irait mieux, et l'autre qui s'en fout et continue à me relancer toutes les semaines même si je lui ai dit clairement que ça n'allait pas du tout et que JE le recontacterai quand ça ira mieux (maintenant qu'il a insisté, ça devient évident que je ne le recontacterai pas).

Voilà, alors maintenant, je ne sais pas bien quoi faire de tout ça. Quand j'étais en couple considéré comme lesbien, je n'ai pas pu sur le coup mettre le mot de violences conjugales dessus, parce qu'il n'y avait pas de témoignages ni de supports accessibles sur ce thème à l'époque (d'autant qu'en 2006 ne commençais tout juste à avoir internet, sur l'ordinateur familial, avec une connexion en carton), les violences conjugales pour moi c'était un truc d'hétéro, ça ne pouvait pas me concerner. 

Actuellement, je bloque, parce que trouver des témoignages et des ressources sur des agressions sexuelles sur des personnes trans masculines, c'est galère aussi (évidemment, j'ai beaucoup de mal à lire en anglais alors j'imagine que ça ne doit pas aider). Alors je sais pas, voilà, je témoigne. Mais pour le moment, je ne sais pas vraiment quoi en dire, ni comment analyser tout ça, ni comment sortir de cet état merdique dans lequel je suis depuis plus de 3 mois. Je ne sais pas comment gérer ça, je m'inquiète pour tous les blocages (et dans une certaine mesure, une dysphorie que je n'avais jamais vraiment expérimentée) que la dernière expérience merdique a créés chez moi. Je suis inquiet à propos de comment gérer ça, et comment je vais gérer à l'avenir ma vie sexuelle et mes relations avec des « plans cul ». 

Les fois précédentes, j'ai géré ça en zappant ce qui s'était passé, et en passant le plus vite possible à autre chose, en minimisant les faits. Je suppose qu'il y a une part importante de transphobie intériorisée dans le fait de m'être dit plus ou moins consciemment que déjà c'était galère de trouver des gens qui voulaient bien baiser avec moi, j'allais pas en plus faire chier au moindre dérapage. Alors celui qui m'a dit « non attends, j'ai presque fini », j'ai préféré considérer que ça s'était « bien passé ». Alors qu'en fait non, si je dis stop, c'est stop, et c'est stop maintenant. Si je dis que j'ai mal, tu te préoccupes de ça connard, et pas de ton orgasme. Je pense qu'il y aussi une histoire de complexe d'infériorité, déjà avant d'avoir conscience que j'étais trans, quand j'étais en couple avec cette meuf qui m'a foutu dans la tête que j'étais de la merde, j'ai fini par y croire, par penser qu'elle avait raison, qu'elle avait plus d'expérience et qu'elle avait le droit de se foutre de ma gueule, de ma sexualité, de mon corps.

En ce moment, je suis aussi très en colère contre tous ces connards. Contre la première personne qui n'en a rien eu à foutre de mon consentement, et contre toutes celles qui ont suivi. Contre le dernier connard qui m'a utilisé après m'avoir manipulé en me faisant croire qu'il respectait mon identité, juste pour me sauter et m'humilier ensuite. Contre ces personnes qui ont eu l'impression de me faire une fleur en acceptant de baiser avec moi, pauvre trans. Contre celles qui n'en ont rien à foutre de moi, mais sont juste excitées par le fait que je sois trans. Contre ces sacs à merdes qui ont foutu en l'air des années de travail sur moi pour être à peu près à l'aise avec mon corps, ce qui fait que me foutre à poil, même seul, est devenu compliqué. Contre ces personnes qui pensent que je ne mérite pas qu'on mette une capote avec moi, parce que je suis que dalle pour elles. Contre le personnel médical qui a fait de la merde avec moi quand j'ai cru que j'avais une IST après une agression. 

Et oui, c'est pas cool mais c'est ce que je pense maintenant, et j'imagine que ça va finir par passer, mais je suis en colère contre moi de galérer pour en parler, d'avoir fait l'autruche en me faisant croire que tout allait bien à plusieurs moments après des agressions et que ça me pète maintenant à la gueule, et aussi pour ne pas avoir le courage de retrouver ces connards pour leur foutre le nez dans leur merde, parce que j'aimerais être assez confiant, sûr de moi et fort pour le faire.
Et là, je suis en colère parce que ça ne devrait pas être à moi de me sentir mal.